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I N T E R V I E W Ch. Douat. 6. Connan, Matignon << Le medtech ouvre une avenue pour le capital-risque européen " Marignon Investissement et Gestion vient de lever le principal véhicule européen dédié aux technologies et aux services médicaux (medtech). Guillaume Connan et Christophe Douat, qui gérent le fonds avec Thierry Chignon, passent ce marché en revue. C.F.: Quelle est l'ampleur du medtech ? C.D.: Les dispositifs médicaux représentent un marché mondial de quelque 250 Md$ par an, soit environ moitié moins que le médicament. Mais ils affichent une croissance supérieure, de l'ordre de 5 % à 10 % par an, provenant de facteurs pérennes: le vieillissement de la population et l'apparition à tous les âges de nouvelles pathologies sociétales, comme I'obesité ou le diabète. S'y ajoute une explosion d'innovations, due à la recherche sur les biomatériaux, les logiciels et les nanotechnologies, qui permettent de nouvelles stratégies thérapeutiques, en remplaçantles médicaments. Les medtechs peuvent donc prendre des parts de marché, d'autant qu'elles requièrent des investissements moins importants que les biotechs. On estime généralement que, pour rentabiliser les coûts de développement d'un médicament, un chiffre d'affaires de 300 M€ est nécessaire, en moyenne. Dans le cas d'un dispositif médical, 25 M€ peuvent suffire, toujours en moyenne. Cela en fait un secteur bien adapté aux VCs européens. C.F. : Précisément, l'Europe tire-t-elle son épingle du jeu? G.C.: Cette situation ouvre en effet une avenue pour le capital-risque, particulièrement en Europe. A rebours des idées reçues, la réglementation europeenne en la matière est l'une des plus rapides et des plus efficaces au monde. En conséquence, les nouvelles technologies médicales issues de sociétés américaines sont souvent mises sur le marché en Europe avant meme que la procédure d'agrément ne soit lancée aux Etats-Unis. Et cela se couple avec une tradition d'excellente de l'innovation européenne. Il suffit de penser aux travaux du Professeur Carpentier sur la valve cardiaque, ou encore aux implants rachidiens de Sofamor Danek. Mais les investisseurs rompus aux sciences de la vie doivent prendre en compte des facteurs radicalement nouveaux. Le medtech fait le plus souvent appel aux sciences de l'ingénieur plutôt qu'à la biologie ou la chimie; il a des contraintes réglementaires et de remboursement très particulières; ses dynamiques commerciales sont originales ... II est nécessaire de tenir compte de tout cela dans la constitution des équipes d'investissement. C.F.: Quid des perspectives de sortie? C.D.: Le marché offre une structure particulièrement interessante : plus d'une cinquantaine de sociétés rnedtech jouissent d'une capitalisation boursière supérieure à 1 Md$. Elles peuvent toutes devenir des acheteurs potentiels pour les jeunes pousses issues du capital-risque, d'autant que leur R & D interne semble relativement faible. Sur les dix plus importants produits pour le rachis, en ce moment, huit proviennent de jeunes pousses acquises par des grands groupes: c'est tout dire ... La récurrence des acquisitions mid-cap, comme Airox ou SpinePilext en France, confirme la vitalité du marché. Celui-ci peut atteindre des niveaux importants, comme le montre aux Etats-Unis le rachat de Saint Francis pour 525 M$, en novembre dernier, par Kyphan, une société américaine spécialisée dans le rachis, crébe en 1994. C.F. : Quelles stratégies d'investissement peut-on formuler dans ce climat? G.C.: Aux Etats-Unis, depuis 2000, presque un tiers des investissements en sciences de la vie se tournent vers le medtech. En Europe, cette part est inférieure a 20 %, pour l'heure. Nous venons de réunir le premier fonds dédié qui ait atteint une taille critique, avec 80 M€. Nous avons commencé à l'investir dés son premier closing, dans des sociétés comme LeDiet, Nanobiotix, Medicrea, Eurogentec, Gentis aux Etats-Unis ... Les syndicats transatlantiques trouvent d'ailleurs tout naturellement leur place, dans la structure du marché. Mais l'intérêt du medtech ne doit pas conduire à négliger pour autant certaines biotechs, qui bénéficient de fondamentaux proches : un temps de validation limité, des besoins en capitaux raisonnables, une capacité de création de valeur importante. Nautilus Biotech, que nous venons de refinancer en offre un excellent exemple.
Propos recueillis par Jean Rognetta - Biographies: Guiilaume Connan'(30 ans, HEC)-et. Christophe Douat (44 ans, Ecole des mines de Paris, MSC et MBA université du Minnesota) gèrent ensemble Ies fonds technologiques de Matignon Investissement et Gestion. Consultant et créateur de start-up, Guillaume Connan avait intégré JP Morgan&Co en tant qu'analyste TMT, avant de rejoindre le fond, en 2000. Entré un an plus tard l'ancien chercheur et dirigeant d'entreprises en Amérique du Nord, Christophe Douat est un ancien du BCG.
CAPITAL FINANCE - 2 juillet zoo7 No 849
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